Depuis des mois, je me dis que je vais écrire un post sur ce sujet… avant de me raviser aussitôt : « non, j’ai bien autre chose à faire ! », « il y a plus important ! », « c’est ridicule de s’agacer pour cela ! ». Mais tous les jours, la vie met des petits sacs sur mon chemin – comme le petit Poucet semait des cailloux – ou des morceaux de pain en fonction des versions – afin de pouvoir rentrer chez ses parents. Sauf qu’ici, ces sachets ne sont pas là pour me sauver mais pour déclencher en moi, à tour de rôle – ou de concert – agacement, abattement, incompréhension et une profonde lassitude.
Je m’explique : j’ai la grande chance d’habiter dans une petite ville très peu peuplée dix mois sur douze et saturée en été. Ici, beaucoup de nature, et toute l’année l’océan et la forêt bercent notre quotidien. Partout des affiches, des messages nous rappelant la fragilité de notre écosystème et nous incitant à préserver notre environnement. Et souvent, juste à côté, on rencontre un distributeur de sacs plastiques pour ramasser les excréments de nos amis à quatre pattes.

Lorsque ces petits sacs à crotte ont été mis en place, j’habitais Paris et déjà, j’étais perplexe. Du plastique pour ramasser quelque chose qui ne pollue pas et qui est naturel ? C’est cocasse. Mais il est vrai que notre Capitale est (mal) réputée pour ses crottes de chien et que les ramasser peut s’avérer très justifié pour toute une panoplie de raisons. Mais ici, dans les Landes, sur la plage, dans la forêt…? Est-il vraiment nécessaire de ramasser les déjections canines et de les empaqueter dans du plastique ? Pour peu que ce ne soit pas dans un endroit trop passager ou « dérangeant » (trottoir, parking, rues), ce geste de civisme 2.0 est-il réellement justifié ? Quid du bénéfice/risque ? Sarcasme très léger.
Admettons que ce soit justifié : nous entrons donc maintenant dans la zone délicate qui me fait bondir. Si l’on décide que les crottes de chien polluent notre environnement (que ce soit visuellement ou en raison d’un risque virulent de marcher dessus et de souiller ses souliers…) et que l’on souhaite les ramasser, soit. Dans ce cas, nous sommes bien d’accord que l’on doit aller jusqu’au bout de son geste et donc, une fois rempli, transporter ledit sac en plastique jusqu’à la poubelle la plus proche ? Parce que c’est là que je bugge : je ne m’explique absolument pas pourquoi, tous les jours, je croise (et ramasse lorsque je le peux) des sacs « pleins », posés çà et là, au gré des déambulations canines et humaines. N’importe où. Sur les chemins, les voies piétonnes, dans des endroits très incongrus (a moitié enterrés parfois !), sur la plage ou sur des sentiers forestiers et même jusque dans les bacs à fleur de la commune !
Alors, je souhaiterais que l’on m’explique : des propriétaires canins font l’effort de ramasser les déjections de leur chien, ferment leur petit sachet et… le laissent par terre avant de partir, le cœur ouvert et l’âme légère de ceux ayant accompli une bonne action ? Et le sac reste là, à la merci des embruns, du vent, de la pluie, prêt à être soufflé pour finir dans l’océan…? Ça me dépasse totalement.
À quelle étape arrête-t-on de penser ? Quand peut-on commencer à questionner si ce ne sont nos valeurs profondes, mais au moins nos gestes les plus courants ou nos petites initiatives ? Ici, en l’occurrence, le médicament est pire que la maladie : en été, ce sont des centaines de sacs en plastique que l’on retrouve partout, disséminés ça et là comme des œufs en période pascale ! Ces sacs sont bien PIRES que les déjections canines dont ils veulent nous protéger car elles, n’ont que le tort d’impacter notre petit confort personnel.
Dans le système de cultivation de la vie que je suis (du verbe Suivre, et que j’essaie d’Être…) au quotidien et que j’enseigne – Ren Xue pour ne pas le citer – il est dit que l’on peut trouver l’inspiration dans tout ce qui nous entoure, même dans une « vulgaire » crotte de chien. C’est chose faite. Merci donc à vous, déjections. Merci à vous propriétaires inconsistants. Et si nous avancions maintenant ? Et si nous jouions à aligner nos gestes sur notre notre esprit ? Et pour ce faire, questionnons parfois la cohérence des actions que nous entreprenons. Sans cela, comment espérer créer un monde ayant véritablement un sens ?




