Chroniques d’un second confinement

11h00

On est au bord du gouffre environnemental (qui dit que nous ne sommes d’ailleurs pas déjà en train de tomber ?) et concrêtement, on fait quoi ? Rien. Absolument rien.

Pire, on est cloîtrés chez nous avec interdiction de sortir. Interdiction de nous regrouper, interdiction de manifester contre les libertés qu’on nous enlève au gros compte-gouttes. Interdiction de se plaindre des conditions de travail en milieu hospitalier. Interdiction de trouver ridicule qu’en plein CoVid on préconise à l’hôpital de Toulouse de diminuer son nombre de lits. Interdiction de s’inquiéter du dépoloiement accéléré de la 5G, sous peine d’être accusé d’aller contre le progrès. Interdiction d’être choqué par l’amalgame fait entre le terrorisme et l’Instruction en famille. Bref, interdiction de critiquer le gouvernement qui semble avoir oublié qu’il a été élu pour représenter tous les citoyens.

Et parce que le tableau n’est peut-être pas assez sombre, les attentats ont recommencé. À point nommé, me direz-vous, pour appuyer l’envie de dégager de notre constitution toute vélléité à souhaiter prodiguer un enseignement différent à ses enfants (comme prôné par l’article 26 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, petit texte à simple valeur déclarative, il est vrai…). Bref, l’homme est à ce point destructeur qu’il accélère lui-même le boulot qu’il met pourtant un point d’honneur à exécuter à vitesse grand V. Tuer, plus, plus vite. Tout, le temps, partout.Et qu’aucune forme de vie n’en réchappe !

Ankylosée par le marasme de ce début novembre, je regarde par écrans interposés, un président sur la sellette, mentant, menaçant, jurant comme il le fait depuis quatre ans, s’accrochant aux restes d’une présidence qui nous aura donné des suées jusqu’au bout. Deux jours que je dors peu, que je respire mal. Outre-Atlantique, ça compte, encore et toujours. Il reste ? Adieu définitif aux Accords de Paris, dont les USA sont d’ailleurs sortis officiellement hier. Caustique, ce calendrier. Il part ? J’ose rêver à un peu de répit, faute de parler d’espoir franc pour la planète. Enfin, pour nous plutôt…

17h30

Je suis sortie acheter à manger. En passant devant la librairie-Maison de la presse, j’ai glissé un œil à l’intérieur. Envie coupable de voir des livres, comme ça, pour rien. Pour le plaisir des yeux, quelques palpitations du coeur. Mal m’en a pris. Tous les rayons étaient bardés de ce scotch qu’on voit dans les films de crimes et d’hémoglobine. Vade Retro. Livres inaccessibles. Interdits à la vente. Ne pensez même pas à les regarder. Je relève la tête. Face à moi, la vendeuse masquée attend derrière sa caisse. Derrière elle, des étagères dégorgeant de cigarettes non scotchées, elles. Et oui, fumer est autorisé. Et considéré comme un bien de première nécéssité. En ces temps d’urgence sanitaire, prendre soin de sa santé est à l’évidence secondaire. Oserais-je aller jusqu’à penser qu’il serait même recommandé de continuer à la détériorer ? Parce qu’on le sait bien, le CoVid aime tout particulièrement les corps aux défenses immunitaires un peu fébriles… Et grâce au tabac, bronches, poumons et gorge ont de grandes chances de ne pas être au top. Loin de moi l’idée de vouloir faire de l’humour noir, le temps est déjà trop sombre. C’est juste que… qui pourrait me dire en quoi fumer est essentiel et lire ne l’est pas ?